Croire en la qualité de vie, ici-bas

André-Marie DOUILLET

En ce début de Semaine sainte, nous avons rencontré l'abbé José Reding, théologien et professeur à l'UCL sur la question ,être chrétien aujourd'hui,,.

 

C'est quoi être chrétien aujourd'hui ?

Je ne sais pas si c'est diffé­rent d'hier ou d'avant-hier. Je pense que l'essentiel, qui est transmis au cours des siècles de christianisme, est lié à la Ré­surrection: Et on est dans la Se­maine sainte.

Que signifie la Résurrection ?

Ce qui est étonnant dans l'histoire du christianisme, c'est qu'on s'est pratiquement disputé sur toutes les ques­tions : la question du Christ, de Marie, de la Grâce... Mais il n'y a pas encore eu réellement de débat sur «qu'est-ce que la Résurrection». Et on fait comme si on le savait. Parce que pour la plupart des gens, c'est croire à l'au-delà.

Pour moi, ce qui m'apparaît être le coeur du christianisme et qui est dans le prolongement du judaïsme, c'est croire plutôt en la qualité de la vie ici-bas.

Les juifs avaient au coeur de leur foi, une foi en un Dieu, mais il n'y avait pas d'au-delà.

Les Juifs ne croient pas à l'au-delà, mais ils croient à la Résurrection.

La foi en la Résurrection est née chez les juifs du scan­dale, quatre siècles avant Jésus­Christ, du scandale qu'il y a dans les consciences quand un Juste est assassiné.

En Belgique, quand Julie et Mélissa sont assassinées, il y a un scandale. Quand mon grand-père meurt, il n'y a pas de scandale. Certes, il y a un scandale dans toute conscience quand on perd quel­qu'un, on préférerait que la mort n'existe pas. Mais c'est un scandale bien différent quand c'est un juste qui est assassiné. La perception juive de la qua­lité de vie, liée à une foi en Dieu, est traumatisée. Finale­ment, ils se disent : « Ce n'est pas possible que Dieu laisse as­sassiner un juste, injuste­ment. » C'est de là qu'est née l'idée de la Résurrection.

Et ça au temps de jésus va re­jaillir pour les premiers disci­ples quand ils verront le Christ crucifié, alors qu'ils le considè­rent comme un juste. Et ils vont faire l'expérience de la Ré­surrection au cours de leur vie.

Pour moi, être chrétien aujourd'hui, c'est être témoin de ce goût de la vie et de la qua­lité de vie dans un monde qui est excessivement complexe, ex­cessivement marqué par les vio­lences.

Y a-t-il de l'espoir pour la qualité de vie?

Je pense qu'il faut du souf­fle pour cette qualité de vie. Et avoir du souffle, c'est parfois difficile. Et ce souffle, je pense que dans la vie des chrétiens, on le réfère à quelque chose qui nous étonne et qui est lié à cette aventure de la Résurrec­tion. D'autres la réfèrent à d'autres choses. Ce n'est pas une propriété. Je crois que l'Église a eu peut-être une habi­tude d'en faire une propriété, un label.

Qu'entendez-vous par qualité de vie?

C'est une révolte contre l'injustice de l'innocent assas­siné. Il y a un combat pour une société de fraternité juste. Au coeur de ce combat, qui peut être très dur, il y a aussi une ten­dresse de pardon pour les autres et pour soi. Cette alliance des deux fils de la justice et de la tendresse, cela fait la fraternité.

Est-ce que cette qualité de vie est la propriété des chré­tiens ?

Je ne crois pas. Je pense que jésus lui-même l'a décou­verte dans la rencontre avec les autres. Ce n'est pas quelque chose qui passait de Dieu par Jésus pour aller vers les autres. C'est quelque chose qui s'est trouvé dans la rencontre des autres.

Comment un chrétien peut-il vivre cette qualité de vie ?

Un souffle, cela se nour­rit. Cela se nourrit de ré­flexions, de silences, de rencon­tres, de symboles. Dans la tradi­tion chrétienne, cela se nourrit aussi de liturgie. Une question capitale se pose aujourd'hui à ce niveau-là : les lieux liturgi­ques sont parfois occupés par des gens qui n'ont plus de souf­fle.

Je souhaite aux chrétiens de trouver des lieux où il y a du souffle. Ce n'est pas simple dans une Église qui reste mar­quée par une tension vive entre les nostalgiques du passé et ceux qui ont le souffle d'ouver­ture de Vatican II.

Pâques est le souffle de qua­lité avec la double dimension de révolte contre l'injustice et la tendresse du pardon vis-à­vis des autres et de soi-même.

















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La société européenne se désacralise, se-sécularise. Est-ce un mal?

 

Moi, je ne saurais plus vivre dans une société religieuse. Mais j'ai un peu de souffrance en me disant que les petits-enfants de mes frères et soeurs n'entendront peut-être plus parler des Évangiles et d'un souffle qui pourrait être une source qui nous échappe, une source qui est divine, qui ressuscite et qui se scandalise quand un Juste est assassiné.

Je ne pense pas que la socciété européenne se désacralise ou se sécularise. Je pense qu'elle est dans un moment où elle a acquis une automatisattion vis-à-vis de la religion, que les gens peuvent s'en passer et bien vivre. Je souhaiterais tellement que l'Église s'en réjouisse, parce que c'est un fruit, notamment, du christianisme. C'est dans un univers judéo-chrétien que cela a pu naître. Dans le fond de ma foi à moi, croire en un Dieu créateur, comme disent certains de mes amis juifs, c'est croire que Dieu a créé le monde, comme les océans ont créé les terres, en se retirant.

Croire en un Dieu qui s'est retiré, cela veut dire qu'on entre dans un espace de discrétion, de lieux de non-agir. On revient à l'énigme d'où vient ce souffle que j'ai en moi. Un athée répond c'est dans l'humain. Mais est-ce humain ? Si vous êtes croyant, vous dites « c'est sans doute une source divine ». Mais quel Dieu. Est-ceun Dieu qui donne du souffle pour écraser l'autre ?

Le christianisme de « service public », comme dit le cardinal Lustiger - une église dans chaque village comme La Poste s'effondre. Ce christianisme était fondé sur un rôle politique accordé par l'État. Il y avait une structure d'État religieux.

La religion étatique, c'est terminé.

La condition pour que l'Église retrouve un souffle crédible, c'est qu'elle l'accepte avec joie. Il faut accueillir comme une chance le fait de redevenir minoritaire. Je souhaite une Église qui se réjouit du souffle qui vient de n'impotte où du moment que c'est juste et fraternel.


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