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FRÈRE ROGER : UNE SEMENCE DE RÉCONCILIATION

 

Voici une semaine déjà que le Frère Roger repose à l’ombre de la petite église romane du village de Taizé où, en 1940, il avait été invité à élire domicile par une vieille paysanne. Douze mille personnes, dont une foule de jeunes, étaient rassemblées dans l’église de la Réconciliation pour un dernier à-Dieu. Participaient à cette eucharistie, présidée par le cardinal allemand Kasper, préfet de la congrégation pour l’Unité des chrétiens, des représentants de nombreuses Églises chrétiennes. Se trouvaient aussi aux premiers rangs des personnalités de la société civile française et allemande (le père de Frère Roger était allemand, et sa mère française).
Quel contraste avec les foules de Cologne, mais aussi quel symbole! Taizé est certainement un signe de cette Église plus discrète qui est en train d’advenir en Europe. Église de réconciliation en son sein même. Qui nierait, malgré les difficultés et les pas en arrière, que l’unité des chrétiens n’est plus un idéal inatteignable? Le dialogue progresse, l’accueil mutuel devient réel, le respect de la différence gagne les cœurs. Mesure-t-on assez l’inédit que représentent les funérailles d’un pasteur protestant par un cardinal catholique? Et l’on se souviendra que, lors des funérailles de Jean-Paul II, Frère Roger était, sur sa chaise roulante, un des premiers à communier lors de la célébration eucharistique.
De deux manières différentes, lors des JMJ et à Taizé, les Églises réussissent, en ces temps de déchristianisation, un rendez-vous avec les jeunes et leur culture. Et ces deux lieux ne sont pas en concurrence, mais en complémentarité. De nombreux Frères de Taizé étaient à Cologne où souvent l’on chantait les refrains si priants et devenus si populaires de la petite colline de Bourgogne.
Frère Roger, tu reposes maintenant comme un grain de blé en terre. Tu as su “discerner les signes des temps” et déjà tu as porté du fruit, par la grâce de Dieu, sur cette petite colline de Taizé: une communauté de moines, des rassemblements de jeunes, cœur d’un réseau mondial de prière et de fraternité. Puisse ce signe croître et que ton rêve de réconciliation entre les chrétiens et les peuples mobilise les énergies de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté.

 

Charles DELHEZ

Extrait de Dimanche www.dimanche.be