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« La parole invincible » de Gilbert

BERKENBAUM
Le Soir : édition du 19/12/2005 | page 8

Guy Gilbert apparaît dissipé. Il papillonne, ne peut s'empêcher d'aller à la rencontre du moindre regard fixé sur lui. Il a commandé un café et un morceau de pain avec du beurre. « Comment t'appelles-tu ? ». « Djamel », répond le serveur, qui n'en revient pas : c'est en arabe, « A Djamel », que le prêtre dédicace son livre.

Le « curé des loubards » aime marquer les esprits. Mais l'homme n'est pas révolutionnaire. C'est plutôt l'âme du missionnaire qui l'anime. Il veut convaincre, toucher le plus grand nombre. « C'est un grand papier que tu vas écrire ? » ; «  Tu as aimé mon livre ? » ; « Dis-moi, qu'est-ce qu'on pense de moi en Belgique ? ». . . Le prêtre est obsédé par son image, par son impact.

Il est presque vexé quand on lui avoue ne pas avoir trouvé le propos de son bouquin très autocritique. « J'y vais quand même, non ?  », se défend-il. Il y va, mais en appelant les catholiques à ne pas parler « des rides et des défauts de l'Eglise ». . . « Ne parlons pas que de ça. Parce qu'on est en train de critiquer la moindre faille. Et j'en ai ras-le-bol ! ».

C'est sur la prêtrise, son rayon, qu'il se montre le moins conservateur. Sans aller jusqu'à prôner l'ordination de femmes, Guy Gilbert ne voit guère d'un mauvais oeil celle d'hommes mariés. En prenant le pape au mot : «  Benoît XVI nous dit : sans l'eucharistie, l'Eglise est morte. OK Benoît, allons jusqu'au bout. Face à la crise des vocations, ayons recours aux hommes mariés. Pas des puceaux de 30 ans qui baiseront et finiront par avoir des enfants qui vont les occuper. Mais des militants de 55 ans, disponibles. Là, l'Eglise a un vivier extraordinaire. Attention, des hommes qui sont restés fidèles. Car un prêtre homosexuel ou un marié divorcé ne peuvent être un modèle ; on ne peut accepter un pasteur qui a dérapé gravement.  »

Guy Gilbert écrit même que l'Eglise catholique ne sera jamais en phase avec la société sur les questions de morale. N'y trouve-t-on l'explication première de l'érosion permanente de la foi ? En Belgique, lui dit-on, moins d'un citoyen sur deux, désormais, se déclare catholique.

« Ce n'est pas le nombre qui compte, c'est le signe que vous êtes, disait Jean-Paul II. Je n'en ai rien à foutre qu'il n'y ait plus personne dans les églises, parce que ce n'est pas là, mais dans la rue que se vit une religion. Je vois des tas de gens qui ne fréquentent pas la messe, mais qui vivent l'évangile au ras des pâquerettes. Le catastrophisme des statistiques, je m'en tape.  »

Guy Gilbert déteste la mièvrerie. Il aime, écrit-il, une Église qui s'engage, qui dit ce qu'elle pense sur l'avortement, l'euthanasie, qui influe sur la société. « J'aime que, dans les banlieues, quand tout a explosé, chrétiens et musulmans se soient retrouvés dans des écoles pour empêcher qu'elles soient brûlées.  » exemplaire », « au coeur de l'économie, de la politique et des pouvoirs », d'un groupe aussi conservateur que l'Opus Dei. « Pas pour défendre un réseau de pouvoir ! J'admire en revanche leur spiritualité. (. . . ) Cela ne m'empêche pas de penser que l'Église reste dans le camp des possédants. Tu as vu beaucoup de clochards à l'Église ? Ils sont dehors, sous le porche, ils attendent notre aumône.  » Mais l'homme évoque aussi l'engagement sociétal « 

La loi qui dépénalise l'avortement, en Belgique, a 15 ans. « Une loi immorale ! », lance Guy Gilbert. « L'enfant handicapé qu'on découvre à l'échographie, on le bousille. Sans parler des femmes qui se font avorter parce qu'elles ne veulent pas montrer leur ventre à la plage.  » Même sentiment à l'égard de l'euthanasie : « La vie est massacrée dans ses deux maillons les plus faibles, l'enfant qui dort dans le ventre de sa mère et le vieillard qui s'éteint tout seul.  »

Sur ces questions, le prêtre se cabre. Il faut lui rappeler qu'une très large majorité parlementaire et que de fervents catholiques, comme le chanoine Pierre de Locht, ont défendu la loi sur l'avortement. Que seule l'extrême droite, chez nous, revendique le retour à la pénalisation. Lui rappeler, aussi, qu'en Belgique, 60 à 70 adolescentes de 10 à 14 ans avortent, chaque année.

« Frère, quelles sont les raisons ? Voilà ce que je veux savoir, dit-il. J'ai aidé des filles violées à se faire avorter. Mais j'ai aussi eu, dans mon lit, des bébés de filles qui ne voulaient pas avorter et à qui j'ai proposé de prendre l'enfant en charge. L'Eglise ne peut tolérer d'exception : si elle ne reste pas cette championne de la vie, alors, tout s'écroule.  »


L'Evangile, une parole invincible

Guy Gilbert


à propos de l'avortement, Guy Gilbert estime que « l'Eglise ne peut tolérer d'exception : si elle ne reste pas cette championne de la vie, alors, tout s'écroule ». Photo Dominique Duchesnes.

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