A lire sur cette page Marche de nuit(article de Gilles Lacroix, un ancien du pèlé)
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MARCHE DE NUIT 2010 25 et 26 septembre
à SPA Thème pour les échanges "L'eau source de vie" |
Matériel à emporter
Un jour, Gilles Lacroix, un ancien du Pélé, s'est risqué à écrire un article sur ce qui différencie la marche de nuit belge du Pélé de Chartres...
La marche belge... je l'aime
puisque j'y vais souvent, quand je le puis. Pour moi c'est une
fête.
D'habitude, il fait beau, la nuit est calme, claire et
tiède.
La marche, assez lente est facile pour moi. Je l'aime silencieuse.
Arrivés au terme de la route, l'accueil en un lieu chaud et clair, la distribution d'une boisson réconfortante,me délassent, me reposent, m'amènent à la détente. Nous pouvons nous vider de notre fatigue.
L'église d'accueil est confortable,
le lieu de repos toujours protégé des
intempéries lorsqu'il n'est pas chauffé.
Pour un peu on nous offrirait une chambre et un lit. Le lieu
où nous dormons est aussi celui où s'effectue la
Rencontre Eucharistique. Il est le terme dans l'espace de notre
pèlerinage.
J'appréhende la route de Chartres.
S'il ne pleut pas du moins il fait froid et il vente sur cette grande
plaine.
Je n'ai connu que quelques pèlerinages au terme desquels on
m'ait dit au retour "tu as bronzé".
Les lieux d'accueil pour la nuit n'ont même pas le confort de
l'étable de Bethléem. Les repas sont frugaux, la
baguette de pain en est la base, baguette parfois mouillée
par la pluie qui tombe de nos capuchons lorsque nous mangeons.
Pour les carrefours, nous devons nous asseoir
sur la terre humide car les abris sont rares.
Le froid nous gèle les idées et à tout
prendre on préfère marcher; si l'on se fatigue,
du moins l'on se réchauffe...
L'arrivée à Chartres est le terme de nos maux. Souvent, du reste, le dimanche, la pluie a cessé, le vent n'a plus de prise sur nos corps, retenu qu'il est par les murs de la ville.
La route de Chartres est aux antipodes de la route belge.
Alors je me dis: "La route belge est pour moi
la route du bonheur et de la fête mais que serait-elle sans
la route de Chartres?"
La route de Chartres c'est le : pèlerinage, et le
pèlerinage une expérience de
fraternité.
On ne part pas en pèlerinage avec un
camion de déménagement mais avec un sac
à dos. On y a mis le strict nécessaire.
Autrefois, on mendiait sa nourriture, maintenant, on
l'achète.
Une équipe de la Croix Rouge nous assure contre les gros risques. Une équipe "cantonnement" s'occupe de nous procurer un toit et les commodités indispensables à la vie.
Moi, qui de pauvre suis devenu riche, la route
de Chartres me remet pour un temps dans la pauvreté. Elle me
rappelle que je puis vivre de peu et que la richesse de mon
âme est à partager. Cette pauvreté de
deux jours me met à l'unisson des pauvres du monde: les
nomades, les mendiants, les sans-abri et les souffrants. Je ne peux me
garder des réserves dans mon sac pour me
préserver contre les risques, je me dois de tout vider
dès la première
mise en commun. Ce n'est qu'à partir de ce
point-là que je puis m'ouvrir à Dieu. Je crois
qu'il attend cela de moi pour me parler. C'est ça le vide
dont on parle tant dans les sermons, le vide nécessaire pour
recevoir la Parole de Dieu.
Alors, Il me parle pour ceux qui m'entourent. Tout ce qui s'est dit,
tout ce qui est fait autour de moi est message de Dieu: le
sac que l'on porte, la main que l'on prend, le sourire que l'on donne,
les blagues que l'on sort, les pleurs, la douleur, l'injustice que l'on
raconte.
Mon frère, ma sœur, peuvent-ils être sûrs d'être compris s'ils ne savent pas que je suis comme eux, ayant moi aussi besoin de parler de ma souffrance et de ma joie?
C'est alors que le partage des
misères devient enrichissant, c'est alors que la souffrance
dite devient joie.
Les choses ordinaires versées fournaise d'amour deviennent
or pur et étincelant.
Et je repartirai emportant avec moi les richesses que Dieu accomplit
pour les humains.
Ne me parlez pas de Dieu ni de Marie tout de
go, je ne le comprends pas. Les sermons me fatiguent...
Parlons de vous, parlons de moi, j'imagine Dieu nous souriant lorsqu'Il
nous voit devisant sur la route.
"Notre cœur n'était-il pas tout brûlant lorsque nous marchions?" Bien sûr Il était là et marchait avec nous!
Amis Belges merci de votre fête, amis
Français maintenez la structure du
Pélé comme elle est; elle est le cadre de notre
dépouillement. Dieu a bien fait le partage. Ici le
pèlerinage, ici la fête. Une vie ne va pas sans
l'autre.
Alors restons capables d'assumer la part de tâche qui a
été mise entre nos mains.
Gilles Lacroix Extrait de 'Pèlerin mon ami" (numéro 4 - novembre 1986)